Notion d’Us

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Le mot Us, constamment employé dans le système d’enregistrement, signifie unité stratigraphique: le sens de cette expression est en vérité beaucoup plus large que celui de couche archéologique. L’importance de cette notion est tout à fait primordiale: la portée et le contenu doivent en être parfaitement maîtrisés par les fouilleurs, tant sur le terrain que dans les phases successives d’enregistrement et d’exploitation des données. Quant au système informatique, on verra que l’Us y joue un rôle central.

Définition de l'Us

De quoi s’agit-il ? D’un point de vue théorique, la notion d’Us recouvre en principe tout résultat cohérent d’une action anthropique ou naturelle unique, qu’elle se concrétise ou non sur le terrain par une donnée physique. D’un point de vue organisationnel, on pourra dire que l’Us est au terrain fouillé ce que l’atome est à la matière, dans le sens premièrement où elle représente la plus petite division admise de la réalité analysée, et deuxièmement où toute composante du terrain archéologique doit appartenir (c’est-à-dire dans la pratique doit pouvoir être attribuée) à une Us. En d’autres termes, on peut considérer que sur un site donné, un élément qui ne porte pas de numéro d’Us n’existe pas.

On se doute que sur de telles bases, les réalités que recouvre la notion d’Us sont d’une extrême variété. Pour mettre un peu d’ordre dans cette diversité, la méthode Harris a proposé de répartir les Us en trois grandes catégories, ayant pour nom Us positives, Us négatives et Us construites, à savoir:

  • Us positives: toutes celles qui présentent un volume et n’entretiennent pas de rapport avec l’activité de construction. Les Us positives correspondent en général à une étape réelle de la sédimentation anthropique ou naturelle.
Par exemple: couche de remblai, sol d’habitat en terre, sol de rue, comblement de fosse.Mais elles peuvent aussi éventuellement correspondre à des décapages théoriques, selon les besoins de la fouille (enlèvement des niveaux super ciels, sondages prospectifs, etc.).
  • Us négatives: tout type de profil, section ou surface sans volume, qui peut être également le résultat d’un phénomène naturel ou d’une activité humaine, mais aussi représenter une interface théorique entre deux actions.
Par exemple: creusement de fosse, arasement de mur, arrêt de fouille.
  • Us construites: unités stratigraphiques positives liées à l’activité de construction. Il s’agit principalement des Us servant à décomposer en éléments de base les différents types de Faits archéologiques (infra): soit des structures bâties, soit des aménagements construits de nature diverse.
Par exemple: élévation de mur, enduit de mortier peint, fond de caniveau en dalles.

D’un point de vue général, l’Us fonctionne à la fois comme unité d’analyse et comme contexte. C’est une unité d’analyse dans la mesure où, une fois dé nie matériellement par le fouilleur, elle s’imposera à lui comme cadre d’enregistrement unitaire, auquel pourront correspondre des descripteurs valables pour le tout comme pour les parties. C’est également un contexte, car l’Us réunit entre eux de manière indélébile un ensemble de composants qui peuvent être extrêmement variés, mais qui ont en commun d’être placés en-deça du statut d’unité stratigraphique: par exemple le mobilier d’une couche archéologique, les prélèvements environnementaux effectués dans un remblai, les pierres composant l’élévation d’un mur, etc. En principe, sauf pour les Us techniques (sondages, décapages préliminaires.), les composantes d’une Us sont aussi régies par les règles d’unité de lieu et d’unité de temps, en ce qu’elles sont supposées être situées au même endroit (dans un espace plus ou moins large) et représenter des données synchrones (dans une durée plus ou moins longue).

Numérotation des Us

Toutes les Us, qu’elles soient positives, négatives ou construites, s’inscrivent dans un même système de numérotation. Ce système n’entretient aucun rapport avec la nature ni avec la position stratigraphique de l’Us, mais est lié à sa situation topographique dans une zone donnée: il fonctionne en réalité comme un inventaire systématique et continu dans le cadre de cette zone.

Chaque Us porte un numéro spécifique, composé de 4 chiffres ou plus, et formé du numéro de la zone dans laquelle l’Us est observée, suivi immédiatement de trois chiffres (la zone représentant en quelque sorte dans ce numéro le nombre de milliers).

Si une même couche se retrouve dans plusieurs zones contiguës, elle portera autant de numéros d’Us distincts que de zones traversées. On créera entre ces Us une relation d’égalité (voir ci-après) qui sera rappelée sur chaque fiche descriptive.

De même qu’une zone ne peut être numérotée par le nombre zéro, aucune Us dans aucune zone ne sera numérotée zéro, la première Us créée dans chaque zone portant logiquement le numéro 1. On peut ainsi répertorier 999 unités dans chaque zone (1001 à 1999 pour la zone 1, 123001 à 123999 dans la zone 123, etc.). Lorsqu’on dépasse 999 unités, on est dans l’obligation de changer de numéro de zone (voir ci-dessus, numérotation des zones).

On rappellera que le numéro de secteur n’influe en rien sur la numérotation des Us qui s’y trouvent, et qu’il est illusoire d’essayer de lier, par quel artifice que ce soit, Us et secteur. Pour chaque Us cependant, le numéro de secteur devra être soigneusement consigné sur le bordereau ou la fiche d’Us.

La fonction d’inventaire par zone interdit en théorie de sauter des numéros d’Us, la liste devant être continue. En pratique, on déterminera dans chaque zone le numéro de chaque Us en choisissant le premier numéro disponible à la suite des numéros existants. Dans le cas où un numéro a été créé par erreur et ne correspond à aucune Us réelle, cette Us existe cependant dans l’inventaire et, à défaut d’être réutilisée, elle devra être identifiée comme inexistante.

Une fois qu’un numéro d’US a été attribué, il devient immuable, notamment pour les US positives qui contiennent du mobilier et où l’on effectue des prélèvements. On prévoit cependant plusieurs mécanismes pour corriger des erreurs ou des variations d’attribution topographique ou d’interprétation stratigraphique.

Relations stratigraphiques entre Us

L’un des avantages de l’utilisation des Us est de pouvoir clairement indiquer les relations stratigraphiques existant entre les différents éléments enregistrés. On dispose pour cela d’un certain nombre d’outils normatifs, destinés à la fois à schématiser et à clarifier ces relations, en les réduisant pour la plupart à des relations temporelles, qui constituent l’apport fondamental de la stratigraphie. On a vu que les Us pouvaient être considérées pour la plupart comme le résultat d’actions, anthropiques ou naturelles; or toute action se situe en principe, dans une approche relative, après, en même temps ou avant une autre. Cette orientation chronologique permet de simplifier les observations du terrain qui se présentent couramment de manière complexe et non univoque. Les deux relations principales sont la postériorité et l’antériorité.

  • Ainsi par exemple une couche de sédiment peut en surmonter une autre, en couper une autre, en entamer une autre, remplir une fosse.: un sol peut être établi sur un remblai.: un élément construit peut s’appuyer sur un autre, restaurer un autre : une action peut avoir l’effet de creuser une couche, de détruire ou de spolier une structure.: or tous ces cas peuvent se résumer à une postériorité;
  • Ainsi par exemple un niveau peut être recouvert par un autre, supporter un sol ou une surface de circulation.: une structure en creux (matérialisée par son creusement) peut être remplie par une couche: un élément bâti servir de fondation à un autre, se terminer par un arasement : or tous ces cas peuvent se résumer à une antériorité.

La synchronie est plus délicate à manier: elle pourra être absolue lorsque la même entité stratigraphique est enregistrée en plusieurs fois, sous des numéros d’Us différents (par exemple, lorsque la même couche est reconnue dans plusieurs zones); elle pourra être relative lorsqu’elle traduira la présomption que plusieurs Us correspondent à la même série d’actions.

La méthode Harris, dont l’un des aboutissements est un diagramme schématisant sur le papier les relations stratigraphiques observées sur le terrain («Harris matrix») et dans lequel le cours du temps se dessine de bas en haut, exprime les relations de postériorité et d’antériorité par des positions relatives sur la matrice.

Dans cette optique:

  • la relation sur (i.e. au-dessus de) exprime la postériorité, et équivaut à après.
    Noter que cette notion n’a rien à faire avec une position relative sur la fouille, où un élément situé sous un autre sur le terrain peut avoir une relation stratigraphique de type sur: par exemple le bouchage d’une sortie de caniveau sous un mur aura par rapport à ce mur, bien que situé à sa base, une relation sur.
  • symétriquement, la relation sous (i.e. au-dessous de) exprime l’antériorité, et équivaut à avant.

La synchronie absolue, qui n’est assurée entre plusieurs Us que lorsque celles-ci enregistrent plusieurs tronçons d’une même entité, est exprimée par la relation égale. Une égalité est une relation forte et univoque, et ne doit pas être employée lorsqu’il y a doute ou seulement présomption.

Dans ce cas, on optera pour une synchronie relative, exprimée par la relation équivalent. Une équivalence exprime une synchronie non vérifiée ou non vérifiable dans l’absolu. Elle peut s’appliquer lorsque l’on pense que deux éléments résultent de la même action (deux tronçons d’un mur par exemple), mais que n’existe pas de preuve tangible de ce fait sur le terrain (à cause d’un manque entre les deux, de l’existence d’une butte témoin ou de toute autre chose empêchant la vérification de l’égalité). Le cas se présente aussi pour une couche de même nature repérée de chaque côté d’un mur établi postérieurement. Néanmoins la notion d’équivalence, dont la signification est plus faible que celle des précédentes, pourra être employée de manière souple pour indiquer l’appartenance à une même série d’actions: ainsi deux sols de nature différente dont l’un prolonge l’autre dans un secteur contigu, deux remblais colmatant une tranchée de fondation de part et d’autre du même mur, etc.

Le transfert d'Us

Le transfert concerne la migration d’une Us d’une zone à l’autre, à la suite d’un redécoupage de l’espace ou d’une erreur d’appréciation. Les difficultés provoquées par ce type de situation sont multiples: d’une part les Us portent dans leur numéro l’indication de la zone où elles ont été créées, et cela fait problème lors de l’attribution de cette Us à une autre zone: d’autre part, s’agissant d’un inventaire continu, la suppression d’une Us est difficile et source d’erreurs: en n, on verra que le numéro d’Us sert à identifier les éléments constitutifs de l’Us ou relatifs à l’Us: ce numéro est notamment porté sur les objets qui proviennent de l’Us, sert aussi à inventorier les prélèvements, est noté sur divers documents, etc. Supprimer et/ou transformer un numéro d’Us en cours de fouille peut de ce fait avoir des conséquences graves dans le système documentaire.

La règle est donc, lorsqu’une Us se voit attribuée à une autre zone que celle où elle a été créée, non pas de la renuméroter, mais d’utiliser la procédure de transfert.

Ainsi, le numéro d’Us d’origine n’étant pas réemployé, les indications précédemment utilisées pour marquer le mobilier et identifier l’origine des prélèvements (mais aussi les mentions éventuellement portées sur les photographies, plans, sections, documents annexes.) n’auront pas à être modifiées.

 

Auteur : Michel Py, CNRS

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