Notion de zone

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On appelle Zone (à l’exclusion de tout autre terme) la première subdivision de l’espace constituant le site. En principe, selon la méthode Harris sur laquelle s’est fondé au départ le système Syslat, la définition spatiale de la zone n’est soumise à aucun présupposé, et n’a de limite prédéfinie ni horizontale, ni verticale. Pourtant, l’application de cette méthode soulève de nombreux problèmes pratiques, et il s’avère nécessaire de se donner quelques règles simples. 

Dimensions de la zone

Dans le système Harris et partant dans Syslat, chaque zone est numérotée par un nombre. Dans chaque zone, on aura ensuite la possibilité de définir 999 unités stratigraphiques, et pas une de plus. Afin de ne pas se mettre dans l’obligation de changer artificiellement de numéro de zone, il est donc conseillé de ne pas implanter sur le terrain de zones trop vastes, surtout si les structures étudiées apparaissent comme riches, variées ou complexes. 

Définition de la zone

Définir des zones complètement artificielles, sans tenir compte des données du terrain, est dans l’esprit (et la lettre) du système Harris. Dans les cas où l’imbrication des vestiges apparaît très complexe tant horizontalement que verticalement (par exemple dans les fouilles urbaines), les zones peuvent être ainsi définies selon un découpage spatial totalement arbitraire. Néanmoins, la pratique expérimentale d’une telle option a démontré amplement les difficultés entraînées par une attitude trop théorique dans ce domaine, et au contraire les avantages procurés, tant sur le terrain de fouille que dans les phases d’exploitation, par le respect le plus fidèle possible de l’organisation réelle et de la logique spatiale des restes étudiés. En vérité, plus une zone correspond à quelque chose d’identifiable et d’unitaire, plus le maniement de cette notion est simple, aussi bien du point de vue matériel qu’intellectuel. 

Reste à mettre en pratique ce principe. Une première difficulté se présente, souvent, au démarrage de la fouille, lorsqu’on ignore encore totalement ou largement comment s’organisent les structures, mais que néanmoins doit commencer l’enregistrement des données. Or il est un fait que dans la méthode en question, une donnée n’existe que dans la mesure où elle est incluse dans une unité stratigraphique, qui elle-même dépend d’une zone. Pour résoudre ce problème, il est en général nécessaire de créer, dès la définition du site, soit une première zone générale correspondant à l’ensemble du gisement ou du chantier, soit, en cas de très grande opération, plusieurs zones divisant le site en quartiers définis géométriquement. Cette zone ou ces zones superficielles permettront d’enregistrer les données (observations, mobiliers, prélèvements.) issues des dégagements préliminaires, avant que la lecture des premières structures ne soit possible. A mesure que des ensembles identifiables apparaîtront, on numérotera ensuite des zones réelles et l’on abandonnera ces divisions de surface initiales. 

Cette procédure illustre la possibilité, inscrite dès l’origine dans la méthode Harris, de changer de numéro de zone non seulement latéralement, en passant d’un espace à un autre, mais également verticalement, pour matérialiser le passage d’un état à un autre dans le temps. 

La définition des zones s’adaptera dans tous les cas aux conditions et aux nécessités objectives de la fouille. Par exemple, dans un site qui ne fait l’objet que de sondages ponctuels, il sera tout à fait licite de considérer que chaque sondage représente une zone. Ce type de zone théorique pourra d’ailleurs coexister avec des zones calées sur la topographie ou l’architecture.

Numérotation des zones

L’appellation des zones est, au stade de la fouille, strictement numérique. Chaque zone se voit attribuer un numéro, en général de 1 à n en continu (le nombre 0 étant exclu), mais pouvant s’inscrire aussi dans une série discontinue. C’est notamment le cas lorsqu’on veut réserver un type de numéro de zone à un type d’espace particulier. Par exemple, dans l’exploration d’une ville urbanisée, possédant des quartiers et des rues, on peut choisir de réserver les numéros de 1 à 99 aux espaces bâtis (quartiers, maisons.), 100 à 199 aux espaces ouverts (rues, places.), 200 à 299 aux espaces extra muros, etc.: c’est le système adopté notamment sur le site de Lattes/ Saint-Sauveur. Cette procédure permet d’identifier au premier coup d’œil le type d’espace auquel on a affaire. 

La continuité de la numérotation, globale ou dans chaque série, a l’avantage de transformer la liste des zones ouvertes en inventaire raisonné des espaces fouillés. Il faut se rappeler aussi que sauter un ou plusieurs numéros dans l’enregistrement des zones de fouille, ou commencer la numérotation à un nombre élevé (par exemple à partir de 1000) prive le fouilleur, pour chaque numéro sauté, de 999 numéros d’Us, ce qui peut s’avérer gênant en obligeant à terme à utiliser de très longs numéros d’Us. 

Lorsqu’il s’avère possible, le calage des zones au plus près de la logique structurelle du site permet, dans les phases d’exploitation ou lors de la publication la fouille, d’utiliser les numéros de zone pour désigner des entités réelles. Par exemple, si l’on numérote des structures urbaines en tant que zone, la zone 9 pourra correspondre au quartier ou à l’îlot 9 du plan définitif, la zone 116 à la rue 116, etc. 

Ce principe est illustré par la méthode employée à Lattes, où les îlots, rues, places et autres espaces sont considérés comme autant de zones, et où les secteurs correspondent soit aux pièces incluses dans les îlots urbains, soit à des subdivisions plus théoriques des autres lieux (sondages stratigraphiques dans les rues par exemple, ou divisions topographiques particulières, etc.). 

Il se peut parfois, dans le cas de stratigraphies complexes, que le stock des numéros d’Us d’une zone (999 unités) arrive à épuisement. Dans ce cas, et pour cette seule raison, on est obligé de changer de numéro de zone. Si ce type d’incident est prévisible (lorsqu’on met en fouille des entités très étendues ou très complexes), il est opportun de réserver une série continue de numéros de zone pour l’espace en question (une même dizaine par exemple), ce qui permettra du même coup une numérotation continue des Us pour cet espace. 

Par exemple, choisir de réserver les numéros 10 à 19 à un espace permettra d’enregistrer en continu 9990 Us dans cet espace (de 10001 à 19999), en tenant compte que, pour des raisons techniques, il ne doit exister d’Us zéro dans aucune zone. 

En cas de situation imprévue, on choisira une solution logique qui permette de repérer et de gérer à long terme les continuités de numérotation. 

Par exemple, on peut réserver les séries 100 et 200 aux extensions des zones de la première centaine, la zone 19 pouvant être alors continuée en 119, voire en 219, la zone 23 en 123, etc. 

Il arrive encore que certaines zones soient redéfinies en plan au cours de la fouille, et donc que certains espaces migrent d’une zone à l’autre. Les Us correspondant à ces espaces ne seront pas renumérotées, mais transférées selon une procédure décrite ci-après. 

Dans tous les cas de figure (création, continuation, transformation), les caractéristiques, l’identification et les coordonnées spatiales de chaque zone devront être soigneusement consignées et documentées dans le fichier ZONE, de sorte à éviter les confusions et les erreurs en cours de fouille, lors de reprises des travaux après interruption, ou lors des phases d’exploitation des données de terrain. 

Auteur : Michel Py, CNRS

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